La salade Olivier est probablement le plat le plus emblématique de la Russie moderne. Aucun réveillon du Nouvel An russe ne se conçoit sans un grand saladier — la version soviétique standardisée en 1937 est devenue identitaire, dépassant même le bortsch en fréquence de consommation. Paradoxalement, la “salade russe” servie partout dans le monde comme accompagnement de traiteur n’a presque rien à voir avec la salade Olivier originale.
Une histoire paradoxale
La salade Olivier a été créée par le chef français Lucien Olivier au restaurant Hermitage de Moscou dans les années 1860. La recette originale — secret commercial jalousement gardé — contenait du gibier (gelinotte ou tétras), du caviar, des truffes, des queues d’écrevisse, des langues de veau, le tout lié par une sauce mayonnaise Provençale (jamais divulguée).
Après la mort d’Olivier en 1883, la recette évolué et se simplifie. Elle disparaît totalement après la Révolution de 1917 avec la fermeture du restaurant Hermitage. Pendant 15 ans, la salade n’est plus préparée.
En 1937, le Livre de la nourriture savoureuse et saine (la bible culinaire soviétique) publie une version “renovée” : pommes de terre, carottes, cornichons, petits pois en conserve, saucisson doktorskaya, œufs durs, mayonnaise industrielle. Cette version, drastiquement simplifiée et accessible aux ressources d’époque, devient la salade “Olivier” soviétique, puis la salade russe.
C’est cette recette, transmise de mère en fille depuis 80 ans, qui est aujourd’hui le standard de la “salade russe” dans toute l’ancienne sphère soviétique.

Les ingrédients en détails
Les pommes de terre
Variétés à chair ferme : Charlotte, Amandine, Roseval. Éviter les pommes de terre à chair farineuse (Bintje, Agata) qui se défont. Cuire avec la peau, puis peler une fois refroidies — la chair reste ferme.
Le saucisson doktorskaya
“Doktorskaya kolbasa” (saucisson du docteur) est un saucisson russe doux et maigre, créé en 1936 comme produit hygiénique recommandé aux convalescents. Il s’est répandu dans toute la Russie comme saucisson de famille. Difficile à trouver en France (épiceries russes spécialisées). Substituts : jambon blanc, mortadelle douce, ou bœuf bouilli froid.
Les cornichons
Idéalement malossol (lactofermentés), qui apportent une acidité fraîche sans agressivité. À défaut, cornichons au vinaigre traditionnels (type français ou polonais). Éviter les cornichons sucrés (aigre-doux).
Les petits pois
En conserve exclusivement (tradition soviétique) : les petits pois frais ou congelés n’ont pas la texture attendue. Les petits pois en conserve russes (Globus, Bondelle) sont la référence, mais les français (Cassegrain, Bonduelle) conviennent parfaitement.

La mayonnaise
Industrielle russe (Provansal) pour l’authenticité, ou mayonnaise française (Amora, Lesieur) dans leur version “légère” qui se rapproche. La mayonnaise maison donne un goût différent (trop forte en moutarde généralement). Quantité : 150-200 g selon préférence, ni trop sèche ni trop noyée.
Les proportions classiques
La règle des proportions soviétiques codifiées :
- 500 g pommes de terre
- 3 carottes (~200 g)
- 4 œufs
- 200 g saucisson/jambon
- 4 cornichons moyens (~100 g)
- 150 g petits pois
- 150-200 g mayonnaise
Tous les ingrédients (sauf mayo et petits pois) sont coupés en dés de 5-6 mm uniformes. Cette uniformité est fondamentale pour la texture et l’esthétique.
Le réveillon du Nouvel An russe
La tradition soviétique a établi la salade Olivier comme le plat central des réveillons de fin d’année. On en prépare souvent 2-3 kilos pour une famille de 6-8 convives, afin d’assurer le grignotage jusqu’au petit jour et au-delà. Les restes des 1er et 2 janvier sont considérés comme un trophée — manger la salade Olivier à 14h le 1er janvier fait partie du rituel du nouvel an russe.
Variantes
- Olivier au poulet : remplacer le saucisson par du poulet bouilli. Version légère plus moderne.
- Olivier à la langue de bœuf : plus raffiné, souvent servi dans les repas de fête.
- Olivier au crabe ou au saumon : version moderne des restaurants, plus recherchée.
- Olivier végétarien : sans viande, avec plus de cornichons et œufs durs. Acceptable mais dénature l’identité du plat.
Pour aller plus loin
La salade Olivier est intégrée dans notre guide Les zakouski, où elle figure parmi les plats centraux. Pour son pendant rustique, voyez Vinaigrette russe aux légumes racines. Pour comprendre la place de ces salades dans la table russe, consultez aussi Accords vodka et zakouski. Pour aller plus loin, découvrez comment une cheffe franco-russe réinterprète ces classiques et les adapte au palais français contemporain.
Préparation étape par étape
Cuire les légumes
Laver les pommes de terre et les carottes sans les peler. Cuire dans l'eau salée : 25 minutes pour les pommes de terre, 30 minutes pour les carottes. Les légumes doivent être tendres mais pas éclatés. Refroidir complètement (2 heures au frigo idéal).
Cuire les œufs durs
Plonger les œufs dans l'eau froide, porter à ébullition. Cuire 10 minutes après ébullition. Refroidir dans l'eau glacée, écaler.
Couper les ingrédients
Une fois tout froid : peler pommes de terre et carottes. Couper toutes les ingrédients en petits dés de 5-6 mm : pommes de terre, carottes, œufs durs, saucisson, cornichons. Hacher finement l'oignon rouge si utilisé. L'uniformité de la coupe est essentielle pour l'esthétique et la texture.
Mélanger
Dans un grand saladier, réunir tous les dés. Ajouter les petits pois égouttés. Saler, poivrer. Incorporer la mayonnaise : commencer par 150 g, ajouter jusqu'à obtention d'une texture creuse mais pas noyée. La salade doit tenir, pas couler.
Reposer au frais
Couvrir d'un film, réserver au frigo 1 heure minimum (2 heures idéal) pour que les saveurs se mélangent. La salade Olivier est bien meilleure après repos.
Dresser et servir
Transférer dans un plat de service. Lisser la surface à la cuillère. Décorer d'aneth frais haché, de rondelles de cornichon et d'un demi-œuf dur. Servir frais.
Cette recette en russe
Apprenez le vocabulaire culinaire russe en cuisinant. Chaque ingrédient est suivi de sa translittération latine.
- 500 g de pommes de terre (type Charlotte ou Amandine) 500 г картофеля 500 g kartofelja
- 4 œufs 4 яйца 4 yaïtsa
- 3 carottes moyennes 3 средние моркови 3 sriedniïe morkovI
- 200 g de saucisson doktorskaya (ou jambon blanc, ou bœuf bouilli) 200 г докторской колбасы (или ветчины) 200 g doktorskoï kolbasy
- 4 cornichons malossol (ou cornichons au vinaigre) 4 малосольных огурца 4 malossolnykh ogoursa
- 150 g de petits pois en conserve 150 г консервированного горошка 150 g konserviroannogo gorochka
- 1 petit oignon rouge (optionnel) 1 небольшая красная луковица (по желанию) 1 krasnaïa loukovitsa
- 150 à 200 g de mayonnaise 150–200 г майонеза 150–200 g maïoneza
- Sel, poivre noir Соль, чёрный перец Sol', tchiorny periets
- Aneth frais pour la décoration Свежий укроп для украшения Sveji oukrop dlia ouktrachenïa
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Варим овощи
Вымыть картофель и морковь, не очищая. Варить в подсоленной воде: картофель — 25 минут, морковь — 30 минут. Полностью остудить (лучше в холодильнике 2 часа).
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Варим яйца вкрутую
Опустить яйца в холодную воду, довести до кипения. Варить 10 минут. Остудить в ледяной воде, очистить.
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Нарезаем ингредиенты
Очистить картофель и морковь. Нарезать все ингредиенты кубиками 5–6 мм: картофель, морковь, яйца, колбасу, огурцы. Мелко нарезать лук, если используется.
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Смешиваем
Соединить все кубики в большой миске. Добавить горошек. Посолить, поперчить. Добавить майонез, начиная со 150 г.
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Настаиваем в холоде
Накрыть плёнкой, убрать в холодильник минимум на 1 час. Оливье вкуснее после настаивания.
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Подаём
Выложить на блюдо, разровнять ложкой. Украсить укропом, кружочками огурца и половинкой яйца.